Réalisé par:
On the Road Cooperativa Sociale
Payoke
CAW
SOLWODI Deutschland e.V
Fondation Surt
Avec le soutien du Fonds Asile, Migration et Intégration (AMIF) de l’Union européenne. Le soutien de la Commission européenne à la production de cette publication ne constitue pas une approbation du contenu, qui reflète uniquement le point de vue des auteurs, et la Commission ne peut pas être tenue responsable de toute utilisation qui pourrait être faite des informations qu’elle contient.
Le présent rapport est aussi disponible en anglais, allemand, italien, néerlandais et espagnol
Contact: libes@payoke.be
Les besoins des victimes de la traite des êtres humains (VTEH) sont complexes et exigent des services et traitement complets allant de l’urgence aux soins de courte et de longue durée. La majorité des États membres de l’UE dispose d’un système de soutien aux victimes bien établi, offrant première intervention et assistance à court terme. Cependant, il est nécessaire d’élargir l’aide à longue terme afin de répondre aux besoins non satisfaits des survivants et survivantes.
Le présent rapport est le résultat de l’évaluation des besoins des nationaux de pays tiers victimes de la traite au cours de leur transition des établissements de soins, qu’il s’agisse de résidentiels ou de consultations externes, à la vie autonome. La recherche a été effectué par les cinq organisations d’aide aux victimes de Belgique, Allemagne, Italie et Espagne. La recherche vise à recueillir des informations pour fournir aux organisations d’assistance aux victimes des éclairages sur les besoins des survivant∙e∙s, afin de renforcer l’intervention du travail social en cette étape délicate à travers une perspective sensible au genre et à la culture.
Les méthodes de collecte de données de recherche utilisées[1] sont des entrevues avec des client∙e∙s victimes de la traite humaine, les analyses documentaires et les groupes de discussion avec des travailleuses et travailleurs sociaux, psychologues et d’autres professionnel·le·s.
Les groupes de discussion ont mis en lumière les faiblesses, les forces et les opportunités des services et du soutien fournis aux victimes.
Les client∙e∙s ont joué un rôle significatif dans l’évaluation des besoins lors de 54 entrevues semi-structurées menées entre décembre 2019 et février 2020.
Cet échantillon de participant∙e∙s adultes, qui ont été exposé∙e∙s à différentes types de victimisation et exploitation, comprend :
● 40 femmes/femelles victimes de la traite humaine aux fins d’exploitation sexuelle (24 célibataires ; dont 5 étaient enceintes, 14 mères avec des enfants).
● 14 hommes/ mâles victimes de la traite humaine aux fins du travail forcé.
L’échantillon comprend 26 client∙e∙s qui reçoivent encore de l’aide dans un refuge (23 femmes et 3 hommes, indiqué∙e∙s avec l’abréviation « IN ») et 28 client∙e∙s qui ont quitté un refuge (17 femmes et 11 hommes, indiqué∙e∙s avec l’abréviation « OUT »).
L'âge moyen est de 29 ans. Les pays d’origine les plus représentés sont la Nigeria, Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Pakistan, Maroc et Venezuela.
D’après une comparaison entre les différents systèmes nationaux, la première difficulté qui semble se poser est la tentative de parvenir à une définition commune de « transition ». Pour le but de la présente recherche, les auteurs et les autrices utilisent le mot transition pour indiquer le processus par lequel la personne reçoit le soutien pour devenir autonome. Ce processus peut commencer soit dans l’établissement de soins que à l’extérieur, selon les services et les ressources disponibles au niveau local. Les services fournis dans un refuge et hors des institutions de soins donnent lieu à un niveau d’autonomie et à des besoins différents. Ainsi, compte tenu du fait que chaque client∙e montre un niveau différent d’autonomie, que leurs besoins psychologiques, émotionnels et cognitifs dépendent, dans une large mesure, du type de soutien qui ont reçu, les besoins des client∙e∙s ont été enregistrés en continuité à partir de IN jusqu’à l’étape OUT. Entre les personnes interviewées, 16 client∙e∙s ont un emploi, 6 font un stage en entreprise, 32 sont au chômage. Les client∙e∙s ont en moyenne 9 ans d’éducation formelle.
Une analyse des entrevues révèle que les besoins individuels peuvent varier considérablement selon des facteurs tels que :
La transition vers une vie indépendante est une phase délicate où la personne quitte le refuge et nécessite d’un soutien constant pour entreprendre un chemin dans une réalité bien plus instable et complexe. Les client∙e∙s manquent souvent le soutien dont jouissaient dans le refuge une fois qu’il·elle·s l’auront quitté.
Des client∙e∙s qui ont quitté les refuges nous disent qu’il·elle·s se sentaient submergé∙e∙s par l’anxiété quand il·elle·s se sont retrouvé∙e∙s seul∙e∙s. Beaucoup ont mentionné que le changement est très brusque et radical.
“ Je me sentais prêt mais aussi triste. Je me sentais comme si j’étais au milieu d’une route et je devais continuer à marcher” (Belgique)
" [J’ai besoin] d’une guide qui puisse me guider à travers de tout presque que je fais parce que cette lutte est très intense. J’ai besoin de quelqu’un avec qui parler et quelqu’un qui écoute. C’est tout dont j’ai besoin. " (Allemagne)
Beaucoup de femmes dans le refuge ont dit qu’elles se sentent prêtes à être seules. La majorité des hommes hors de l’établissement a ainsi déclaré de se sentir prêts lors de quitter l’établissement de soins et d’être impatients de vivre de manière autonome. Cependant, malgré tous les outils et les compétences acquis, après un certain temps, la plupart d’entre eux s’est rendu compte qu’il est difficile de vivre seuls et qu’ils avaient encore besoin de soutien et d’aide.
“J’ai toujours été très indépendante, et quand j’ai quitté le refuge j’avais des sentiments mélangés : j’étais triste et au même temps je voulais m’en aller […] je voulais prendre mes propres décisions, je voulais voyager (bien que je n’aie pas le temps) être libérée de l’obligation de partager tant de choses sur ma vie et mon espace personnel avec d’autres personnes”. (Spain)
Quelques jeunes filles dans des refuges, ont déclarés que la seule pensée d’être seules était intimidante. Une des raisons est que lorsqu’elles pensent à la vie autonome elles ont tendance à se focaliser sur tout ce qu’elles ont à faire d’un coup. Et puis elles gèlent, parce ce qu’elles se sentent impuissantes. Les travailleuses et travailleurs sociaux soulignent qu’il faut aborder ces sentiments en utilisant des outils et activités qui ont été mis en place et pratiqués dès les premiers jours passés dans le refuge, de façon à paver progressivement le chemin vers l’émancipation. Cependant, certaines jeunes femmes ont déclaré de se sentir heureuses de regagner leur indépendance une fois sorties du refuge, malgré les préoccupations et les craintes qu’elles ont vécu dans un premier moment.
“Tant que je reste dans le programme de soutien, il y a beaucoup de travailleurs sociaux, prêts à m’aider quand je ne me sens pas bien, et cela me fait sentir que j’ai tout ce dont j’ai besoin. Quand j’imagine ma vie en autonomie, j’ai peur d’affronter ce qui arrive.” (Italie)
Une partie des client·e·s∙e∙s ont soulevé la question de la durée du séjour en établissement et soulignent que certaines personnes peuvent avoir besoin de rester dans le refuge plus longtemps que d’autres. Ces différences dépendent de plusieurs facteurs tels que la forme et la durés de l’exploitation, l’âge, l’histoire de vie, la situation familiale, l’origine, le niveau d’instruction, etc.
Les mères célibataires, en particulier, ont besoin de plus de temps et d’assistance pour atteindre un niveau durable d’autonomie. En plus des défis typiques associés à la parentalité qui seront décrits ci-dessous, elles ont souligné le manque de réseau social et de flexibilité du travail qui peuvent être extrêmement utiles quand on essaie de concilier les responsabilités familiales et professionnelles.
“Je pensais que j’allais rester plus longtemps dans le refuge. C’était trop court pour moi. Je suis allée vivre seule trop tôt. J’ai eu tout le soutien dont j’avais besoin. J’ai appris comment prendre rendez-vous, économiser de l’argent et payer les factures. J’ai appris comment m’occuper de moi, par exemple, quand je me sens sous pression, et comment être en contrôle de mes émotions et réactions. Cependant, j’aurais aimé rester plus longtemps dans le refuge pour recevoir plus de soutien, car c’était très difficile pour moi au début.” (Belgique)
“Je ne me sens pas encore prête. J’ai besoin de plus de temps pour travailler à des choses dans mon processus de récupération. Avant tout, j’ai peur si on me dit de quitter le refuge sans préavis et s’ils ne me conçoivent pas assez de temps pour trouver un endroit ailleurs. Peut-être qu’avec un peu plus d’informations sur la durée de mon séjour dans le refuge et sur la façon de louer un appartement, je ne me sentirais pas si anxieuse à ce sujet.” (Espagne)
Un∙e compatriote peut avoir une influence favorable sur les personnes qui vivent dans un refuge ou qui se trouvent en phase de transition. Il·elle pourrait en fait être lui·elle-même un∙e survivant∙e de la traite, ou un∙e migrant∙e qui a atteint un niveau satisfaisant d’inclusion socio-économique ou un∙e médiateur∙ice ou un∙e bénévole issu∙e de l’immigration. Une partie des client·e·s en dehors du refuge soulignent combien il a été important de connaître un∙e compatriote et survivant∙e avec une expérience d’intégration de succès. Il s’agit de personnes qui sont une ressource pour l’apprentissage de compétences nécessaires pour la vie autonome.
“Heureusement, j’ai connu un médiateur culturel de la Côte d’Ivoire qui a vécu longtemps en Italie. Il m’a poussé à faire un effort pour apprendre des choses, depuis le tout début (…) Quand j’ai quitté le refuge j’avais beaucoup de questions à poser sur la façon dont les choses fonctionnent en Italie. J’ai eu de la chance de l’avoir à lui. J’avais confiance en lui. Il m’a aidé à comprendre beaucoup de choses. Je pense qu’il serait également utile si les clients puissent rencontrer des autres survivants pour voir comment ils ont réussi en devenant indépendants et pour comprendre qu’ils doivent écouter ce que les travailleurs sociaux disent, parce que ces sont toutes des leçons importantes à apprendre pour quand ils seront autonomes. (Italie)
Le soutien que peuvent apporter les compatriotes en tant que pairs peut apporter une contribution précieuse au travail des travailleuses et travailleurs sociaux. Très souvent les mots d’un∙e compatriote de confiance peuvent motiver un∙e client∙e beaucoup plus que celles d’un∙e assistant∙e social∙e, car il s’agit d’une relation d’égalité, un∙e compatriote “il∙elle a vécu ça” et peut facilement comprendre et se mettre en relation avec le∙a client∙e. Les pairs peuvent aussi incarner un exemple de réussite, faire de la lumière sur les difficultés à venir sans décourager les client∙e∙s, mais plutôt en leur donnant l’espoir de parvenir à un résultat satisfaisant.
“Au début, je détestais d’avoir à apprendre tant de choses. Je croyais tout savoir ! (Rire) Je me sentais pressé du besoin de trouver un emploi pour aider ma famille et je croyais que cela était suffisant pour continuer. J’ai enfin compris les choses que vous (travailleur sociaux) avez essayé de m’apprendre seulement quand j’étais seul. Je suis souvent revenu sur les notes que nous avions écrites ensemble ” (Italie)
Les abus que les victimes de la traite ont subis peuvent profondément compromettre le sens du soi et de l’entourage, entraînant une méfiance généralisée à l'égard des autres et peuvent, en outre, interrompre la capacité à avoir des relations interpersonnelles saines. Selon les travailleuses et travailleurs sociaux, lorsqu'il existe un programme de soutien par les pairs, avec un∙e ancien∙ne VTEH ou bénévole qui offre ses conseils aux victimes pendant leur processus de transition à la vie autonome, il·elle·s doivent être formé∙e∙s à la communication et à l'établissement de liens avec les client∙e∙s. Les copain∙e∙s doivent savoir comment établir des relations, fixer des limites, respecter la confidentialité et faire face aux sentiments complexes des VTEH. Il·elle·s doivent apprendre les techniques de base pour la résolution des conflits et le discours de motivation. Ce type de relation est fructueuse si elle est fondée sur la confiance. [2] D’autre part, les victimes de traite à des fins d'exploitation sexuelle peuvent ne pas se sentir à l'aise de partager leur expérience avec une personne de la même culture par honte et stigmatisation, même si le∙a copin∙e est lui∙elle-même un∙e survivant∙e.
Passer d’une vie en commune dans un refuge, où une personne peut sortir de sa chambre et parler avec d’autres client∙e∙s ou avec des travailleuses et travailleur sociaux, à la vie seul∙e∙s dans un appartement, peut être un changement brutal.
“‘Je me suis senti seul. Je commençais à être déconnecté des gens quand je suis parti. J’aimerais qu’il y ait plus d’opportunités d’être occupé, pour voir des amis, ou plus de voisins, ou aller travailler, créer des liens avec des personnes en général. C’est la chose la plus importante pour moi.” (Belgique)
“Je ne m’attendais pas que vivre seul soit si difficile. C’était comment d’habiter avec ma famille à vivre seul d’un jour à l’autre.” (Belgique)
Les client∙e∙s établissent dans le refuge une relation d’amour/haine avec les autres. Il·elle·s désirent ardemment la vie privée et la liberté de vivre seul∙e∙s, pourtant au même temps il·elle·s réalisent que la plupart de leurs interactions viennent de la vie en commune. Quelques personnes qui habitent seules ont déclaré apprécier l’opportunité d’apprendre à vivre avec des gens de contexte et culture différents de leurs pendant leur période en refuge. Le refuge fournisse un terrain d’entraînement pour pratiquer la communication, la patience, l’écoute, le respect et le respect des règles de la communauté.
Selon des travailleuses et travailleurs sociaux les client∙e∙s ne sont pas tou·te·s suffisamment confiant∙e∙s pour s’exprimer, pour construire des rapports avec les autres ou poser des questions. Il·elle·s utilisent très souvent un style de communication que l’on pourrait bien définir comme inapproprié dans notre société. Cela pourrait avoir un impact dans leurs relations avec les prestataires de services sociaux et les autres personnes en général. Il est essentiel que les client∙e∙s apprennent à apprécier les différences culturelles et gérer la communication interculturelle afin d’être en mesure d’établir un lien avec les autres dans une manière jugée appropriée dans la société d’accueil. Les travailleuses et travailleurs sociaux doivent toujours considérer dans quelle mesure une culture et ses constructions sociales influencent le comportement d’une personne afin de pouvoir interpréter et orienter les modalités dans lesquelles une victime de traite perçoit les interactions sociales et de s’y engager.
Quelques client∙e∙s, tant à l’intérieur que à l’extérieur de l’établissement de soins, se sont plaint∙e∙s du manque d’interactions dans la communauté d’accueil en dépit de leur désir d’amitié. Le manque de réseaux sociaux peut avoir des impacts sur la transition vers la vie autonome parce qu’il réduit les possibilités de partage et de résolution des problèmes.
Les prestataires de services confirment que le réseau social des client∙e∙s est souvent très réduit et parfois inexistant. Pour beaucoup d’entre eux∙elles, quitter le refuge peut conduire à l’isolament. Il·elle·s peuvent avoir du mal à se connecter avec des personnes (à cause de la langue ou des obstacles culturels, ou à cause du traumatisme subi). La solitude a des conséquences sur leur qualité de vie et une incidence sur les résultats obtenus.
À l’inverse, il y a des client∙e∙s qui préfèrent d’établir des relations avec les gens locaux plutôt qu’avec des compatriotes pour éviter le risque d’avoir des ennuis, par crainte que les compatriotes puissent avoir des liens avec des criminel∙le∙s ou des réseaux criminels impliqués dans leur traite.
“J’aimerais qu’ils (les travailleurs sociaux) m’aident à trouver des nouveaux amis. Je ne sais pas si je pourrais me faire des amis italiens par moi-même.” (Italie)
“Je n’ai aucun ami du passé (…) J’ai besoin de rester loin des gens qui peuvent me causer des ennuis”. (Italie)
Le traumatisme résultant de la traite peut avoir des conséquences à long terme qui affectent la compréhension qu’une personne a d’elle-même et du monde autour. Pour beaucoup de personnes les conséquences d’un abus se manifestent dans un dysfonctionnement des relations interpersonnelles. Il·elle·s manquent de confiance dans leur capacité à s’engager dans le monde que les entoure et n'ont pas un sens d'identité stable ni la capacité de comprendre les pensées, les sentiments et les comportements des autres et d'eux∙elles-mêmes. Le soutien social est alors essentiel pour aider les survivant∙e∙s à retrouver et à reconstruire la confiance. Le refuge leur offre un espace sûr où il·elle·s peuvent surmonter les conséquences de leur traumatisme, étape par étape. Par exemple, le fait de pouvoir parler à quelqu'un·e de sa journée ou de ses sentiments peut faire des miracles en réduisant son niveau de stress et en lui permettant de se rapprocher à d'autres personnes.
“ J'ai beaucoup appris mais j'ai toujours besoin d'informations et de soutien car je ne veux pas répéter les mêmes erreurs. J’ai le temps, j'ai encore besoin des conseils des travailleurs sociaux, du psychologue et de toute autre personne fiable qui peut m'aider dans ma vie ici en Italie. J'aimerais savoir comment vivre ma vie sans faire attention aux ragots et aux mauvaises paroles. J'ai toujours ce sentiment que les autres connaissent mon passé. Je ne me sens toujours pas à l'aise avec les gens. J'ai toujours honte.” (Italie)
Le refuge offre un abri sûr pour un nouveau départ, mais les travailleuses et travailleurs sociaux avertissent qu'il est beaucoup plus difficile pour les client∙e∙s d'avoir des interactions sociales en dehors de leur environnement protégé. Malheureusement, les lieux où les client∙e∙s peuvent espérer se construire une vie sociale (par exemple les événements ou les pubs) ne sont pas toujours facilement accessibles, selon le contexte local, et fréquemment, les activités qui encouragent la socialisation sont chères (sports, cours, événements culturels, etc.).
Parfois, malgré leurs meilleures intentions, les client∙e∙s doivent renoncer à faire du sport ou à d'autres activités de loisirs car il·elle·s ne peuvent pas concilier travail et vie sociale. En particulier au début, il·elle·s doivent économiser de l'argent et de l'énergie lorsqu'il·elle·s s'adaptent à un nouvel emploi et aux multiples responsabilités qui accompagnent le fait d'être seul∙e∙s.
Pour favoriser les échanges avec la population locale et développer un sentiment d'appartenance à la communauté, les prestataires de services encouragent la participation à des activités socioculturelles et éducatives en collaboration avec les organisations locales et les entités publiques.
Les résultats des discussions de groupe et des entrevues montrent qu'après au moins un an passé hors du refuge, les client∙e∙s ayant un emploi stable semblent enfin trouver du temps à consacrer à leur bien-être physique, à leur éducation ou à leurs activités sociales. Cela démontre l'impact positif de l'emploi sur leur inclusion sociale. Les contacts quotidiens avec les collègues de travail aident les survivant∙e∙s à améliorer leurs compétences linguistiques. Avec le temps, les collègues deviennent une source précieuse de conseils et d'orientation pour la vie quotidienne, et il·elle·s peuvent également faciliter les interactions sociales, même en dehors du contexte professionnel. Tous ces facteurs améliorent considérablement la qualité de vie et le bien-être psychologique.
“Après une année au refuge, j'étais prêt à partir. Évidemment, j'avais un peu peur de rester seul, mais je savais que je pouvais compter sur mes collègues pour les questions que j'avais. Mon environnement de travail m'a beaucoup aidé. Je ne voulais pas retourner voir mon gestionnaire de cas pour obtenir de l'aide, mais il y avait encore beaucoup de choses que je devais comprendre. Ainsi, jour après jour, j'apportais des factures, voire des contraventions (rires), à mes collègues pour savoir quoi faire” (Italie)
Dans le refuge, les travailleuses et travailleurs sociaux organisent généralement des événements de groupe tels que des activités sportives, récréatives, sociales et culturelles - visant à assurer un niveau d'interaction sociale adapté aux compétences sociales des client∙e∙s. L'objectif est de pousser les gens hors de leur zone de confort, de leur montrer différents quartiers de la ville et de les encourager à explorer leur communauté.
Les événements récréatifs tels que les activités culturelles ou sportives [3] peuvent offrir un "langage universel", capable de transcender les frontières sociales, culturelles et nationales. Elles peuvent unir les gens, quels que soient leur origine, leur milieu, leurs croyances religieuses ou leur statut économique, et offrir un cadre idéal pour rassembler les nouveaux∙elles arrivant∙e∙s et leurs communautés d'accueil, dans l'esprit d'une intégration à double sens.
L'importance des activités en plein air est confirmée par les entrevues où les client∙e∙s souhaitent avoir plus de possibilités de socialisation.
“ J'aime le temps que nous passons avec les travailleurs sociaux en plein air, mais je pense que cela ne suffit pas. Je préfère de sortir que de rester à l'intérieur dans les réunions. Cela m'aide vraiment à me libérer du stress.“ (Italie)
La nécessité de construire un réseau social est apparue de manière forte et transversale. Les client∙e∙s sont encouragé∙e∙s à prendre part à des événements et à socialiser, conformément à leurs souhaits et à leurs aptitudes. Cependant, il peut parfois y avoir des obstacles à l'inclusion tels que la discrimination fondée sur le sexe ou les origines, et les survivant∙e∙s doivent être muni∙e∙s des outils nécessaires pour reconnaître les préjugés, les partis pris et les traitements injustes et y réagir.
“Je voudrais me faire des amis parmi les Italiens, mais quand ils me regardent, ils voient que je suis différente. Ils n'aiment pas parler aux Noirs. Parfois, j'entame une conversation avec des filles italiennes à l'arrêt de bus, mais elles ne sont pas amicales“ (Italie)
Les client∙e∙s qui ont suivi une thérapie psychologique reconnaissent les avantages du soutien psychologique pour augmenter la confiance en soi, gérer la détresse émotionnelle et les pensées intrusives et trouver des mécanismes d'adaptation. Il·elle·s ont déclaré que le soutien psychologique les aide à réduire leur anxiété face à leur avenir et à se préparer aux prochaines étapes.
“Dans un premier temps, j'avais un endroit pour dormir et bien manger. Ensuite, grâce au travail effectué avec la psychologue, je me suis épanoui. J'ai eu des réunions avec elle et en rentrant chez moi, je pensais à notre conversation, je me rappelais les mots qu'elle m'avait dit et je me sentais mieux” (Italie)
“ Le soutien psychologique m'a aidé à me concentrer sur le moment présent plutôt que sur mon passé.” (Italie)
Une partie des client·e·s, qu'il soient pris∙e∙s en charge par un établissement de soins ou non, soulignent la nécessité d'un soutien spécialisé continu et plus fréquent.
“ Je souffre, je suis bouleversé par ce que mon patron (exploiteur) m'a fait, par la façon dont il m'a traité. Il m'a humilié et m'a fait du mal. Je pense aussi beaucoup à mon voyage sur le bateau d'Égypte en Italie, j'avais peur pour ma vie sur ce bateau, et ces souvenirs reviennent sans arrêt. Je peux en parler à mon assistant à Payoke et à Asmodee, et j'ai des séances avec une psychologue (...), tous les 14 jours. J'aimerais avoir plus de séances (hebdomadaires) avec la psychologue, mais c'est le maximum qu'elle peut offrir". (Belgique)
Lorsqu'un∙e client∙e est favorable à un soutien psychologique, le service est fourni soit dans la maison, où le refuge dispose de conseillers et conseillères faisant partie de l'équipe, soit par orientation.
Le soutien psychologique ne peut pas être fourni à tou·te·s les client∙e∙s, pour plusieurs raisons. L'une des principales est que tou·te·s les survivant∙e∙s ne reconnaissent pas qu'il·elle·s ont subi un traumatisme, un stress ou d'autres effets psychologiques à la suite de leur exploitation. Certain∙e∙s refusent la psychothérapie en raison de la stigmatisation qui y est associée. Quelquefois, un∙e client∙e ne peut pas être orienté∙e vers un∙e thérapeute au bon moment à cause des longues listes d'attente, des barrières linguistiques et des coûts élevés
Très souvent, les client∙e∙s ne sont pas conscient∙e∙s du rôle des psychologues et n'en comprennent pas les avantages. Il leur faut donc du temps pour accepter l'idée de se soumettre à une thérapie. La majorité des victimes d'exploitation sexuelle se méfient généralement des autres personnes, évitent les pensées et les sentiments liés aux abus subis, pensent qu'il·elle·s ne peuvent pas être comprises par ceux qui n'ont pas vécu la même expérience et estiment qu'éviter de révéler leur passé est le meilleur moyen de le surmonter.
Il existe également des obstacles liés aux croyances spirituelles et religieuses, comme le juju (sorcellerie) chez les Nigérian·e·s, qui peuvent dissuader certaines victimes de parler de leur exploitation.
Dans leur travail quotidien dans les refuges et au-delà, les travailleuses et travailleurs sociaux offrent un soutien individuel pour aider les client∙e∙s à reconstruire leur vie et leur projet de migration. Grâce aux consultations individuelles, les victimes apprennent à voir les abus subis sous un autre angle, à comprendre leur statut de victime, à identifier les droits qui ont été violés et à découvrir leurs ressources intérieures de survie et de résilience. Les gestionnaires de cas aident les client∙e∙s à identifier leurs besoins, tant dans le pays d'origine (c'est-à-dire les dettes ou les responsabilités familiales) que dans la société d'accueil, et à les traduire en un plan de vie visant à réaliser une pleine autonomie. Les conversations entre les gestionnaires de cas et les client∙e∙s peuvent être très profondes, avoir un véritable effet de guérison et aider les victimes à apporter des changements positifs dans leur vie.
“ (Les travailleurs sociaux) m'ont conseillé sur ce qu'il fallait faire. Cela m'a aidé à réduire mon stress. Nous avons longuement discuté et ils m'ont dit comment faire les choses". À Asmodee, j'ai simplement renaît. (...), j'ai appris à être une personne, à redevenir quelqu'un” (Belgique)
Les travailleuses et travailleurs sociaux ont souligné l'importance de travailler sur le concept de ce que signifie être "victime d'un crime". Cet effort est particulièrement important pour les femmes victimes d'exploitation sexuelle, car il leur offre une chance de déconstruire leur perception de soi, souvent fondée sur la culpabilité, la honte ou la peur. Il met également en question le stéréotype de la victime en tant que personne impuissante et dépendante.
Les travailleuses et travailleurs sociaux ont la possibilité et la responsabilité de lire les signes et les conséquences des traumatismes tels que la toxicomanie, les troubles du sommeil et de l'alimentation, les souvenirs et les pensées envahissantes, les cauchemars, l'apathie et le déni. Au cours de leurs contacts quotidiens avec les client∙e∙s, il·elle·s doivent faire face à des comportements difficiles tels que la colère, l'irritabilité extrême, la peur, l'anxiété, la dépression, etc. Leur présence aide les client∙e∙s à atteindre un certain équilibre et à comprendre les déclencheurs et les réactions sur lesquels il·elle·s peuvent travailler. Toutefois, il est nécessaire une aide spécialisée pour traiter les traumatismes et poursuivre un processus de guérison réussi à long terme.
“J'ai beaucoup appris, cependant j'aimerais maintenant recevoir les conseils d'un travailleur social, d'un psychologue ou de toute autre personne de confiance qui pourrait m'aider à m'intégrer dans ce pays.” (Italie)
“ Je n'ai besoin de rien d'autre que d'information et de soutien puisque je ne veux pas répéter les mêmes erreurs ” (Italie)
Compte tenu du fait que la guérison de l'exploitation nécessite souvent d’un soutien et une assistance à long terme et que "toute interruption des services pourrait avoir un impact négatif important sur les victimes"[4], les travailleuses et travailleurs sociaux doivent encourager les client∙e∙s à poursuivre leur traitement avec le soutien d'un∙e thérapeute professionnel∙le. En outre, en raison des nombreuses difficultés et obstacles auxquels les client∙e∙s sont confronté∙e∙s quotidiennement dans leur longue démarche de guérison, il est essentiel de souligner l'importance des soins personnels.
Les travailleuses et travailleurs sociaux doivent promouvoir les compétences en matière de bien-être physique, mental et émotionnel (alimentation saine, sport, soins personnels, etc.). Des notions de base sur la reproduction et la santé sexuelle devraient être fournies, ainsi que des informations de base sur l'anatomie et la physiologie, le développement et les réactions sexuelles, ainsi que sur l'hygiène intime, afin de conduire les gens vers des attitudes saines de préoccupation et de respect de soi et des autres. Par-dessus tout, il est nécessaire d'éduquer les femmes de manière adéquate sur le danger potentiel de la pratique culturelle de l'automédication. Des études ont montré que les femmes africaines ont recours à l'automédication pour traiter la fièvre avec des analgésiques, un mélange d'herbes et d'autres médicaments, des sédatifs et de l'alcool. Les raisons de l'utilisation de ces substances vont de la protection contre les sorcières et la sorcellerie, à la prévention de la grossesse, en passant par le traitement des troubles du sommeil, de la fièvre, des vomissements et des infections [5]. De plus, les jeunes mères doivent être informées des dangers de la circoncision non professionnelle qu'elles recherchent souvent pour leurs enfants, ou de l'avortement provoqué par elles-mêmes au moyen de médicaments.
Les services sociaux soulignent que la perception de la santé des victimes dépend de facteurs culturels. L'expérience montre que pour de nombreuses femmes originaires de pays africains, la notion de santé équivaut à l'absence de toute maladie manifeste. Elles ne connaissent pas le concept européen de soins personnels et de prévention, elles ont tendance à attendre trop longtemps pour se faire soigner, recourant ainsi trop souvent aux traitements d'urgence, ce qui se traduit par une utilisation dysfonctionnelle des services de santé et déçoit leurs attentes.
Par ailleurs, comme dans certains pays d'origine, les soins de santé sont un privilège et que la majorité de la population n'y a pas accès, tout petit problème de santé peut causer une inquiétude excessive. Les travailleuses et travailleurs sociaux doivent aider les client∙e∙s à s'informer sur les soins de santé préventifs et à les pratiquer, à promouvoir un mode de vie sain, à traiter les facteurs de risque comportementaux, à utiliser les services de soins de santé disponibles pour les visites de bien-être, les dépistages et les vaccinations.
Même quand le recours au système de santé publique est facilité dès le début, il est important de montrer aux client∙e∙s comment accéder à ces services lorsqu'il·elle·s seront seul·e·s. Il faut aussi les encourager à utiliser les services de soins autogérés tels que les centres de bien-être et les centres sociaux, les centres d'information et de soutien pour les femmes, les centres pour les victimes de violence, etc.
L'automédication est définie comme "la capacité des individus, des familles et des communautés à promouvoir la santé, à prévenir les maladies, à préserver la santé et à faire face à la maladie et aux handicaps avec ou sans le soutien d'un fournisseur de soins de santé" (OMS). Dans cette définition, la notion d'automédication est un concept large qui englobe l'hygiène (générale et personnelle), la nutrition (type et qualité des aliments consommés), le mode de vie (activités sportives, loisirs, etc.), les facteurs environnementaux (conditions de vie, habitudes sociales, etc.), les facteurs socio-économiques (niveau de revenu, croyances culturelles, etc.) et l'automédication.
En ce qui concerne les soins personnels, le principal défi consiste à trouver des services gratuits répondant aux demandes et aux besoins les plus urgents des victimes. Des endroits comme les ludothèques ou les centres de loisirs pour enfants sont habituellement disponibles dans toutes les villes. D'autre part, les activités sportives et de fitness ont généralement un coût que toutes les VTEH ne peuvent pas se permettre.
Selon la plupart des client·e·s, la maîtrise de la langue du pays d'accueil est l'un des éléments les plus importants pour atteindre l'autonomie. Les compétences linguistiques sont perçues comme une condition préalable à l'interaction sociale, à l'accès aux services, à l'inclusion économique, à la formation et à l'éducation et à la participation à la vie communautaire.
Obstacles. Le temps passé dans le refuge est souvent insuffisant pour acquérir des compétences linguistiques appropriées. Dans certains cas, la présence de plusieurs personnes de la même nationalité ou parlant la même langue réduit fortement la possibilité de pratiquer une autre langue. Les personnes doivent parfois attendre pour avoir accès à des cours de langue gratuits, et parfois le nombre de cours et leur qualité ne sont pas suffisants. Lorsque le·a client·a est issu·e d'un milieu peu instruit, il·elle peut avoir besoin d'un aide supplémentaire dans ses études. Les travailleuses et travailleurs sociaux encouragent les client·e·s à faire des efforts pour pratiquer la langue dans des situations de la vie réelle autant que possible.
Les client·e·s interrogé·e·s qui travaillent ont montré le plus haut niveau de compétences linguistiques.
“ Il est très important d'apprendre le néerlandais. (...) Si vous parlez le néerlandais, vous pouvez vous intégrer et les gens s'ouvriront à vous. Plus les gens vous parleront et apprendront à vous connaître, plus vous trouverez d'opportunités sur votre parcours". (Belgique)
“Le plus grand obstacle pour moi est que je ne parle pas assez bien la langue. (...) C'est difficile de faire ma paperasserie, de comprendre les lettres, de prendre des rendez-vous, etc. Mon gestionnaire de cas de Payoke m'aide pour toutes ces choses puisqu'il serait impossible de les faire seul. Par exemple, aller chez un médecin et lui parler, aller à la banque pour ouvrir un compte bancaire, aller à la compagnie d'assurance pour mon assurance maladie, etc. (…). Il est très important pour moi de mieux parler le néerlandais pour devenir plus indépendant. Je comprends comment les choses fonctionnent, mais la communication sociale est difficile.” (Belgique)
Les client·e·s continuent de faire face à différents types d'obstacles pour accéder aux services traditionnels, les plus courants étant les obstacles bureaucratiques, les exigences administratives, les défis pratiques et les problèmes personnels et individuels comme la honte ou le sentiment de gêne pour demander de l'aide, le pessimisme quant à la probabilité de recevoir de l'aide, la méfiance à l'égard des autorités, etc.
La majorité des client·e·s en dehors du refuge, à l'exception de celles et ceux qui ont un emploi, ont déclaré avoir besoin d'aide pour s'orienter dans les services publics. Il·elle·s ont déclaré avoir besoin de quelqu'un·e en qui il·elle·s peuvent avoir confiance et qui peut répondre aux questions sur les procédures et leur montrer la manière de faire les choses.
“ Après avoir quitté l'établissement de soins, je suis retourné voir mon gestionnaire de cas pour savoir comment louer une place. Je sais comment faire, mais j'avais besoin d'une personne de confiance pour m'assurer que je le faisais bien ” (Italie)
“Lorsque je recevais des lettres par courrier, je ne les comprenais pas vraiment. Grâce à mes gestionnaires de cas, j'ai pu comprendre de quoi il s'agissait. Par ailleurs, faire des appels téléphoniques était difficile pour moi car je ne parlais pas très bien la langue. De plus, je n'avais pas beaucoup de confiance en moi, ce qui rendait les choses encore plus difficiles. Maintenant, je suis plus confiante qu'avant.” (Belgique)
Les victimes de la traite des êtres humains doivent faire face à un sentiment constant d'insécurité et de manque de contrôle, en conséquence du traumatisme qu'il·elle·s ont subi, parce que leurs exploiteur∙euse∙s continuent à les chercher, ou parce qu'il·elle·s ont peur de subir des rétorsions. En conséquence, certain·e·s croient qu'il·elle·s ne pourront jamais s'installer et commencer une nouvelle vie.
Pour accroître leur sentiment de sécurité, les gestionnaires de cas aident les client·e·s à prendre conscience des risques réels que présentent leurs exploiteur∙euse∙s et leurs réseaux criminels. Les survivant·e·s apprennent à mettre en place des mécanismes d'adaptation et apprennent à préserver leur vie privée et leur sécurité dans l'utilisation du réseau social, dans leur recherche d'emploi et au travail.
Il faut noter qu'être en sécurité et se sentir en sécurité sont deux choses différentes. Ce qui est ressenti comme sûr pour une personne peut ne pas l'être pour une autre. Le fait de se sentir en danger, indépendamment de toute condition de sécurité objective, limite la capacité d'une personne à faire l'expérience du lien humain, qui est fondamental pour notre bien-être social. Pour certain·e·s, la sécurité est liée à l'endroit où il·elle·s vivent ou vont travailler, pour d'autres, la sécurité signifie avoir des personnes en qui il·elle·s peuvent avoir confiance. Les client·e·s apprécient la sécurité dont il·elle·s bénéficient dans le refuge, contrairement à l'idée de vivre un jour seul·e·s en appartement. Une cliente a déclaré ne pas se sentir en sécurité à cause de problèmes avec ses voisins, une autre s'inquiète d'être trouvée par son exploiteur∙euse, d'autres soulignent leur sentiment de danger lorsqu' il·elle·s sortent avec des compatriotes potentiellement lié·e·s à des réseaux criminels.
Un autre sujet soulevé par les travailleuses et travailleurs sociaux est le sentiment d'insécurité lié aux éventuelles rétorsions des exploiteur∙euse∙s contre les client·e·s et leurs familles. Au sein de la communauté nigériane, la crainte des conséquences des rituels juju pratiqués dans le pays d'accueil pour contraindre les victimes à l'esclavage est très répandue. Cela se traduit par la crainte de représailles spirituelles en cas de rupture du serment de ne pas s'échapper ou de divulgation des abus aux autorités.
La majorité des client·e·s en transition vers l'autonomie ont exprimé le besoin d'être aidé·e·s à trouver un appartement. Les travailleuses et travailleurs sociaux confirment que la majorité des client·e·s ont besoin d'une aide pour trouver un logement sûr, approprié et abordable en raison de nombreux facteurs : loyer peu abordable à cause d'allocations insuffisantes ou de bas salaires, absence de contrat de travail régulier et donc de garantie suffisante pour le·a propriétaire·a, disponibilité limitée ou coûts élevés des locations.
Les client·e·s ont souvent peur d'être rejeté·e·s en raison de la méfiance généralisée à l'égard des immigrant·e·s, et craignent d'être trompé·e·s par un·e propriétaire ou un·e agent·e immobilier·ère qui peut recourir à des pratiques commerciales déloyales en profitant du manque de familiarité de la personne avec la langue et les procédures de location.
Les travailleuses et travailleurs sociaux confirment avoir été témoins de certains épisodes de méfiance et de discrimination envers leurs client·e·s. Cependant, il·elle·s signalent également que souvent les client·e·s se sentent discriminé·e·s, alors qu'en réalité il ne semble y avoir aucun signe de préjugé. Un malentendu dans la communication avec les agences, les propriétaires ou les voisin·e·s peut souvent être interprété comme une discrimination et un rejet. Le soutien est essentiel pour aider les client·e·s à analyser soigneusement la situation et à trouver différents moyens d'y faire face.
“ On m'a dit qu'ils ne donnent pas de maisons aux Noirs” (Italie) ;
“En ce moment, la seule chose dont j'ai besoin, c'est d'un endroit convenable pour vivre. Comme je n'ai pas encore de contrat, je n'ai aucune garantie...” (Italie)
Lors de la recherche d'un appartement, les clients·e·s doivent vérifier la sécurité du quartier, ainsi que sa proximité et ses liens avec les lieux où opèrent leurs trafiquant·e·s. Cependant, les zones les plus sûres sont parfois aussi les plus chères, ce qui complique encore la recherche.
“Oui, (je me sens prêt à vivre seul) mais cela dépend de la région où je vivrai, car je ne me sens pas en sécurité dans toutes les zones de cette ville. Les zones où il y a beaucoup d'Arabes me mettent particulièrement mal à l'aise parce que mon exploiteur était un Arabe” (Belgique)
Afin de surmonter ce problème, les client·e·s choisissent parfois de partager un appartement avec un·e compatriote, mais cela peut accroître leur sentiment d'insécurité et ralentir davantage le processus d'inclusion.
De nombreux·euses client·e·s en dehors du refuge ont déclaré qu'il·elle·s étaient heureux·euses d'avoir pris le temps d'acquérir de nouvelles compétences pendant leur séjour au refuge, car celles-ci se sont avérées très utiles par la suite. Il·elle·s ont mentionné des compétences domestiques de base comme le nettoyage et l'hygiène, faire la lessive, faire le lit chaque matin, vérifier que toutes les lumières et tous les appareils sont éteints avant de partir, sortir les poubelles, recycler, préparer un repas simple, etc.
“ J'ai appris l'importance d'avoir un plan de travail - quand vous devez manger, nettoyer votre chambre, laver vos vêtements, etc. J'ai dû aussi travailler sur ma confiance en moi et les travailleurs sociaux m'ont aidé à le faire. Ma santé mentale s'est améliorée. Grâce à la responsabilité que j'avais dans le refuge, aujourd'hui je me sens plus sûr de moi...” (Belgique)
“La première année, il était difficile de s'occuper de tout d'un coup - faire sa lessive, nettoyer la maison, aller aux cours. Ce n'était pas facile et je devais trouver comment faire tout seul. Mais j'ai beaucoup appris au refuge au sujet des tâches et des responsabilités.”(Belgique)
“ Après tout ce que j'ai vécu, si je n'avais pas eu le refuge, je ne sais pas où je serais maintenant. J'ai appris à organiser mon temps et à me fixer un plan de travail. ” (Espagne)
Quelques client·e·s disent qu'une fois dans leur appartement, il·elle·s ont découvert avoir besoin de beaucoup d'aide pour payer les factures, demander des services publics, communiquer avec le propriétaire, demander une intervention pour les réparations et l'entretien, etc.
En raison de la complexité de certaines questions administratives, les client·e·s doivent se familiariser avec des tâches telles que le relevé du compteur de gaz, d'électricité ou d'eau, les obligations contractuelles en matière de location et de services publics, les factures et les paiements, l'utilisation des services de santé publics, l'installation d'appareils tels que les routeurs Internet et les décodeurs de télévision, le recyclage, le paiement de la taxe sur les services d'élimination des déchets, etc. Comme certaines procédures peuvent être très compliquées, même pour les habitant·e·s, la meilleure façon de s'en occuper est de demander de l'aide. Il peut être utile d'orienter les client·e·s vers un service d'assistance ou un bureau d'aide, notamment ceux qui offrent des conseils sur le bail et les droits des locataire·rice·s, la protection des consommateur·rice·s, etc.
“Avant tout, il était très difficile de trouver un logement. Cela a fini par s'arranger grâce à l'aide que j'ai reçue de Payoke. De même, trouver et acheter des meubles a été un défi (...) L'assistant au logement m'a expliqué beaucoup de choses d'une manière que je pouvais comprendre” (Belgique)
Recevoir assistance pour trouver un emploi est l'un des principaux besoins exprimés par les client·e·s à l'intérieur et à l'extérieur du refuge. L'accent mis sur le travail n'est pas seulement dû à des motivations financières. Certains hommes ont souligné le besoin d'avoir quelque chose qui les occupe, une raison de sortir, de rencontrer des gens, de se sentir indépendants, de faire partie de la société et de se sentir mieux dans leur peau.
“ Pour moi, la chose la plus importante pour pouvoir vivre seule est d'avoir un emploi stable, ce qui me permet de louer un appartement et de payer le loyer chaque mois.” (Espagne)
Les travailleuses et travailleurs sociaux ont déclaré que les jeunes femmes voient parfois des parcours différents vers l'inclusion sociale. Se marier et avoir des enfants peut devenir l'objectif souhaité par les jeunes femmes africaines qui, au vu de l'échec du projet de migration, veulent investir dans une famille - là où il est sans danger de le faire. Elles choisissent d'utiliser le soutien offert pour suivre des cours de formation ou une formation professionnelle afin de faire évoluer leur curriculum vitae ou elles profitent d'éventuels emplois de courte durée pour acquérir de l'expérience et gagner un peu d'argent. Les travailleuses et travailleurs sociaux soulignent l'importance de discuter du concept d'indépendance (notamment en termes économiques) comme moyen de se protéger contre le risque de tomber dans une dangereuse dynamique de pouvoir.
Les chances d'inclusion économique dépendent dans une large mesure du système d'aide sociale en place dans le pays d'accueil. Dans ce contexte, la voie de l'inclusion économique doit tenir compte des vulnérabilités du groupe cible et créer des possibilités réalistes de placement professionnel.
Dans le cadre de l'intégration économique, comme pour la dimension psycho-socio-culturelle, les client·e·s apprennent lentement à connaître le pays d'accueil et continuent à acquérir les compétences nécessaires pour fonctionner dans leur communauté. Il faut donc veiller à les aider à prendre conscience de leurs compétences et de leurs lacunes. Il s'agit d'un processus essentiel qui doit être soutenu par des professionnel·le·s formé·e·s pour éviter l'échec et une nouvelle victimisation.
Les principales barrières à l'inclusion économique sont, selon les travailleuses et travailleurs sociaux, les suivantes :
“En effet, j'avais besoin de quelqu'un pour m'aider à chercher un emploi ou du travail bénévole. C'est vraiment difficile de quitter le refuge car il est difficile pour les gens comme moi de commencer une nouvelle vie, de trouver un emploi, etc. Quand je dis les gens comme moi, je fais référence aux personnes qui sont en Belgique à cause de la traite des êtres humains. Ils ne savent pas comment aller chercher un emploi. Nous ne pouvons pas utiliser notre diplôme de notre pays d'origine.” (Belgique)
Afin d'éviter le chômage de longue durée ou les emplois sous-payés et d'améliorer l'accès au marché du travail, les travailleuses et travailleurs sociaux identifient les talents, les aptitudes et les compétences dès la toute première étape du programme de soutien, dans la mesure où cela est compatible avec les conditions de la personne et son parcours de guérison. La majorité des immigrant·e·s travaillent, mais leur potentiel est souvent sous-utilisé. Les services de soutien peuvent faire beaucoup pour reconnaître et valoriser les compétences que les immigrant·e·s apportent avec eux·elles :
Cette assistance doit viser à augmenter les chances de réussite du placement, avec la participation des client·e·s à toutes les phases, afin de leur permettre de bien connaître les structures, les règles et les options disponibles. Un véritable plan d'insertion professionnelle personnalisé est un plan qui tient compte de :
-Les attentes des client·e·s: le plan doit explorer les types d'emplois qui sont à la portée des client·e·s, en fonction de leurs expériences et de leurs préférences, ainsi que la rémunération qu'il·elle·s peuvent attendre. Cet exercice permet de préparer les personnes à l'idée qu'il·elle·s devront gérer leurs revenus, une responsabilité qui implique également l'apprentissage de nouvelles compétences. Le gestionnaire de cas peut donner aux client·e·s un aperçu des secteurs d'emploi qu'il·elle·s peuvent explorer et leur présenter quelques notions de base du droit du travail et des droits. Il faut aborder certaines différences à temps pour éviter des situations où la personne pourrait, par exemple, ne pas connaître les obligations légales, lancer une petite entreprise dans le commerce de détail ou comme coiffeur·euse dans l'économie souterraine, tout comme il·elle le ferait dans son pays d'origine.
- Options réalistiques : un emploi durable a plus de chances d'être obtenu si les personnes possèdent les compétences, les capacités et l'expérience appropriées pour le type de travail. La soutenabilité du plan doit également être évaluée en termes logistiques, c'est-à-dire que l'on doit évaluer si les conditions de travail sont compatibles avec les possibilités des client·e·s en termes de transport, d'aide à la famille, de gestion des enfants, etc. Des déséquilibres dans les compromis peuvent avoir des conséquences importantes sur le bien-être, la satisfaction et l'estime de soi des travailleuses et des travailleurs.
- Adéquation de l'emploi : le plan doit correspondre aux demandes du marché du travail local.
Dans le cadre du plan d'inclusion économique, il existe une multitude d'activités que les travailleuses et travailleurs sociaux peuvent promouvoir :
Les prestataires de services peuvent aider les client·e·s à trouver des possibilités de pratiquer des compétences de base ou des compétences non techniques, par exemple par le biais du travail bénévole, de programmes de non-certification, d'ateliers, etc. Ces activités peuvent offrir aux client·e·s le cadre idéal pour pratiquer des compétences importantes employées sur le lieu de travail, telles que le travail d'équipe, la communication, la résolution de problèmes, la programmation, l'établissement de priorités et la gestion des tâches. Il·elle·s pourraient se sentir plus à l'aise pour déployer leurs ailes au travail une fois qu'il·elle·s auront d'abord perfectionné ces compétences dans un cadre non professionnel. Les gestionnaires de cas doivent donner aux client·e·s la possibilité de parler des choses qu'il·elle·s trouvent difficiles ou frustrantes et les aider à surmonter leurs difficultés.
Information et formation. Offrir des informations et, si cela est possible, une formation sur la recherche d'emploi, l'évaluation des compétences, la rédaction de programmes d'études, les entretiens, etc.
Formation et enseignement professionnels. Envisager la possibilité de cours de formation scolaire et professionnelle, de formation professionnelle et en atelier.
Expérience professionnelle. Rechercher des possibilités de stage.
Des organisations d'aide aux victimes en Europe ont créé des réseaux qui réunissent des employeurs et employeuses potentiel·le·s et des organisations professionnelles afin de favoriser l'inclusion économique des catégories vulnérables de ressortissant·e·s s de pays tiers.
Les client·e·s ayant un emploi, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du refuge, ont déclaré qu'il·elle·s aimeraient en savoir plus sur les standards et les lois du travail et les conditions contractuelles relatives aux congés de maladie, aux avantages, aux droits des travailleuses et travailleurs, au congé parental, aux indemnités, à la compréhension du chèque de paie, à l'impôt sur le revenu, aux allocations de chômage, à la retraite, etc.
“ Bien que je connaisse le fonctionnement du système belge, j'ai parfois besoin d'un soutien pour les démarches administratives : par exemple pour comprendre mes droits en matière de chômage, de pension, de congé, etc.” (Belgique)
Les gestionnaires de cas soulignent l'importance de la sensibilisation aux droits et aux obligations du travail pour encourager les client·e·s à rechercher des conditions de travail équitables et à éviter les zones grises d'emploi qui peuvent conduire à l'exploitation.
“Je voudrais que vous m'aidiez à être professionnelle au travail et à pouvoir prendre les démarches nécessaires pour apprendre des choses qui m'intéressent vraiment. J'aimerais apprendre à programmer et à organiser mes rendez-vous et mes activités. Je voudrais aussi que vous m'aidiez à remplir les papiers nécessaires pour moi et le bébé. J'aimerais avoir quelqu'un que je puisse contacter pour demander de l'aide”. (Belgique)
Selon quelques client·e·s, les habitudes de gestion du temps qu'il·elle·s ont appris pendant leur séjour au refuge se sont révélées très utiles plus tard dans leur processus d'intégration. La capacité à organiser et à programmer la répartition du temps entre les activités, à exécuter les tâches selon un plan de travail, à établir des priorités, à fixer des rendez-vous et à comprendre la ponctualité, sont considérées comme très importantes tant pour la gestion du ménage que pour le travail.
La mobilité en tant que besoin est apparue surtout parmi les travailleuses et travailleurs, avec des variantes en fonction des degrés d'autonomie individuels atteints et des caractéristiques du territoire. Les client·e·s ont besoin d'un soutien pour apprendre à utiliser les transports publics et à lire les plans, à utiliser les applications de web-mapping, à faire du vélo (ou à circuler en toute sécurité) ou obtenir un permis de conduire, et pour comprendre les formalités administratives liées à l'achat et à la possession d'une voiture.
" Je trouvais difficile de me rendre à mes rendez-vous, par exemple pour aller à l'école, aux services sociaux, chez le médecin, etc. Les travailleurs sociaux m'ont expliqué comment utiliser google maps pour que je puisse trouver mon chemin. Une fois, une des assistantes sociales m'a emmené explorer mon quartier, la zone autour du refuge, autour de son bureau. Nous sommes allées en vélo. C'était vraiment sympa". (Belgique)
"Lorsque mon abonnement aux transports publics a expiré, j'ai dû demander de l'aide pour le renouveler" (Belgique)
"Je me sens très petit. Il faut être patient avec moi. Il faut du temps pour se mettre à l'aise, je ne sais pas ce que les gens attendent de moi. C'est ce que mon tuteur de travail m'aide à expliquer à mon patron. J'ai besoin qu'il m'explique les choses avec douceur, sinon je ne comprendrai pas. S'il me crie dessus ou s'il me gronde, je me ferme". (Italie)
La gestion de ses finances personnelles et le respect d'un budget exigent beaucoup d'autodiscipline. Aider les client·e·s à accéder aux allocations et à gérer leurs revenus favorise leur autonomie économique et réduit les risques de s'endetter et de faire des choix qui peuvent les conduire à une nouvelle victimisation.
"J'ai reçu beaucoup de conseils sur la façon de boucler mes fins de mois avec peu d'argent" (Belgique).
"J'ai besoin d'économiser de l'argent pour ouvrir mon propre petit magasin, qui vend du poisson ou des légumes". Je veux être mon propre patron" (Allemagne)
Les client·e·s qui ont un emploi peu rémunéré ou instable, ou qui n'ont pas droit aux allocations de sécurité sociale, doivent être doté·e·s des compétences nécessaires pour gérer et optimiser leurs revenus. De nombreux·euses client·e·s n'ont pas une compréhension claire de la valeur de l'euro et de son pouvoir d'achat et, par conséquent, il·elle·s ne savent pas exactement combien il·elle·s gagnent, dépensent et comment. Il·elle·s risquent d'avoir des ennuis parce qu'il·elle·s ne peuvent pas acheter de nourriture à la fin du mois, qu'il·elle·s n'ont pas assez d'argent pour payer leurs factures et qu'il·elle·s s'endettent. Il est essentiel de les préparer à gérer leurs finances, en particulier lorsqu'il·elle·s occupent un emploi peu rémunéré, avec des frais de location élevés et plusieurs autres dépenses à couvrir comme les factures, les impôts, les amendes, les dépôts, les soins de santé, la garde d'enfants et les frais de scolarité, etc. De nombreux·euses client·e·s envoient des fonds à leur famille, indépendamment de leur situation financière, de leurs dépenses et de leurs économies.
Les client·e·s ont souvent des difficultés à ouvrir un compte bancaire et à utiliser correctement les outils de banque en ligne. Lorsqu'il·elle·s ne comprennent pas comment l'utiliser, il·elle·s renoncent complètement à ce service.
“Avant de déménager, j'avais économisé suffisamment d'argent pour couvrir la garantie de loyer. Tout était conforme au programme que j'avais préparé avec mon gestionnaire de cas.” (Belgique)
Toutes les femmes enceintes et les mères ont pour préoccupation commune d'apprendre les bases des soins primaires et de faire face à leurs responsabilités parentales. Elles se posent des questions sur l'inscription de leurs enfants dans les crèches, les garderies, les jardins d'enfants et les écoles, ainsi que sur la demande de allocations parentales, en particulier pour les mères célibataires. Il est essentiel d'aider les jeunes mères à établir des liens avec leurs enfants, car l'attachement émotionnel peut parfois être compromis par leur passé de violence et d'abus. Les modèles de cognitions parentales des mères migrantes africaines semblent refléter les croyances culturelles traditionnelles sur les enfants et le rôle parental. Le soutien au niveau du développement de l'enfant et de la parentalité doit intégrer une perspective multiculturelle encourageant des comportements qui favorisent des grossesses saines ainsi que la santé et le développement physique et cognitif des enfants[7]. Par exemple, la fréquence des rendez-vous chez le médecin peut être une source d'anxiété pour les femmes qui ont l'habitude de considérer les soins de santé comme des soins de maladie, et le rôle des gestionnaires de cas est d'expliquer aux femmes enceintes que les soins prénataux impliquent plusieurs examens médicaux et tests de dépistage pour les maintenir, elles et leur bébé, en bonne santé pendant la grossesse. On peut également leur donner des conseils pour rester en bonne santé pendant la grossesse (alimentation, activité physique, éviter les comportements à risque, etc.), sur l'interaction mère-enfant, l'allaitement, le sommeil du nourrisson et le co-sommeil, l'introduction de nourriture solide, les soins, le langage et les comportements didactiques, y compris les punitions corporelles.
Il est fréquent que les jeunes femmes se retrouvent seules dans le pays d'accueil et qu'elles ne disposent pas du réseau familial ou social si important pour concilier les responsabilités familiales et professionnelles et relever les défis liés à l'éducation d'un enfant.
"Je veux savoir ce dont le bébé a besoin pour pouvoir me prendre soin de lui. J'ai besoin d'aide pour me préparer à la maternité et pour déménager" (Belgique)
"Je me réveille très tôt pour emmener mon bébé à la crèche, puis je prends le bus pour aller au café où je travaille. Après le boulot, je dois me dépêcher de retourner à la crèche et nous rentrons à pied. (...) Je suis très stressée. Je n'ai pas de temps pour moi. Je me sens débordée. (...) tout le monde se plaint parce que je suis toujours en retard" (Italie)
Les mères ont besoin d'aide, en particulier en ce qui concerne la garde d'enfants, les soins de santé et l'éducation de leurs enfants. Les travailleuses et travailleurs sociaux font de leur mieux pour trouver des places dans les garderies et autres structures d'accueil pour les enfants des mères qui travaillent. En même temps, ils aident les femmes à comprendre qu'il n'y a rien de mal à demander de l'aide sur le rôle parental et les soins à donner, que leur sentiment d'être submergées par la maternité, non préparées, constamment fatiguées et stressées est commun à de nombreuses femmes. De plus, lorsque les mères ne sont pas soutenues, leurs sentiments peuvent se traduire par un épuisement, avec un fort sentiment de perte et de solitude.
"C'était la première fois que je vivais seule avec mon bébé, je n'avais personne à qui parler et je me sentais seule. Les premières semaines ont été très difficiles pour moi". (Belgique)
"Avant, je vivais seule, mais j'avais des gens qui m'aidaient avec mon enfant. A présent, je ne sais pas qui va rester avec mon fils quand je suis au travail". (Espagne)
Les regroupements familiaux, le soutien économique, la résolution des conflits et la violence domestique sont également des problèmes familiaux courants chez les survivant∙e∙s de la traite. Pour tous ces problèmes, les client∙e∙s sont adressés à des services spécialisés.
A la question sur leurs besoins pour atteindre l'autonomie et l'autosuffisance, plusieurs femmes ont répondu qu'elles n'avaient besoin de rien, ou qu'elles ont besoin seulement d'une "maison" ou d'un "travail". Cette situation n'est pas rare pour les VTEH, car très souvent les victimes de la traite des êtres humains et de l'exploitation manquent de conscience de soi, en raison de l'assujettissement subi.
Les entrevues ont montré comment, en général, le niveau d'instruction, l'âge et l'expérience professionnelle semblent être positivement associés à une meilleure connaissance des besoins d'une personne dans un large éventail de domaines. Notamment, les client∙e∙s les plus âgé∙e∙s, qui sont généralement plus instruit∙e∙s et ont un emploi, semblent être en mesure d'identifier un plus grand nombre de besoins, par opposition aux client∙e∙s plus jeunes, sans expérience professionnelle ou moins instruit∙e∙s. Les client∙e∙s à l'intérieur du refuge ont plus de difficultés à définir leurs besoins que ceux et celles dehors du refuge. En raison de l'exposition à un système social peu familier, combinée à un bas niveau d'éducation, il est presque impossible pour un∙e ressortissant∙e de pays tiers d'anticiper les besoins qu'il∙elle pourrait avoir dans la vie réelle sans avoir une expérience directe de ce que signifie vivre seul∙e.
Il n'est pas rare que les victimes de genre féminin aient une faible estime de soi et aient tendance à sous-estimer leurs besoins, leurs capacités et leurs points forts. Il leur faut acquérir des connaissances et des compétences afin de vivre une vie autonome.
L'une des clés pour faciliter leur inclusion sociale et leur autonomie est justement de les aider à identifier leurs besoins, à reconnaître leurs capacités ou leurs compétences alors qu'elles en développent de nouvelles.
Lorsqu'une personne n'est pas consciente de ses besoins, elle est portée à se reposer sur les soignant∙e∙s et à réitérer les modèles de dépendance vécus en captivité. En s'appuyant entièrement sur les services, les victimes limitent leur processus décisionnel et acceptent sans discernement tout service qui leur est proposé. Il est possible d'utiliser des outils opérationnels tels que le "plan de vie individuel" pour éviter ces écueils qui compromettent finalement l'intégration à long terme. Il faut que les travailleuses et travailleurs sociaux trouvent un équilibre entre la prestation d'une assistance et la responsabilisation des client∙e∙s pour qu'il∙elle∙s puissent prendre des décisions et agir en toute connaissance de cause. Ce processus de prise de conscience de ses propres besoins et de recherche de moyens pour améliorer ses compétences peut prendre beaucoup de temps et nécessite un soutien approprié.
“ J'ai suivi des réunions de groupe avec un psychologue, elles ont été utiles pour apprendre comment améliorer les interactions sociales. Désormais, quand j'ai besoin d'aide, je sais comment la demander. ” (Italie)
Parmi les autres facteurs susceptibles d'affecter la capacité des client∙e∙s à se prendre en charge, on peut mentionner les conséquences psychologiques possibles de la victimisation et des abus liés à la traite, comme une faible estime de soi, l'apathie, le désespoir, l'oisiveté, l'incapacité à demander de l'aide, l'attribution du succès à des facteurs indépendants de leur volonté, comme la chance ou Dieu.
Une assistance à court terme est généralement insuffisante pour soutenir l'inclusion sociale et économique des victimes de la traite des êtres humains. Lors de la transition vers une vie autonome, des besoins très spécifiques apparaissent et un manque d'aide ad hoc à long terme peut non seulement compromettre le plan de vie de la personne dans le parcours vers son indépendance, mais aussi recréer une dynamique dangereuse qui peut conduire à une nouvelle victimisation.
Quand les victimes quittent le refuge, elles tentent de reprendre leur vie en main et de faire face à diverses épreuves.
Les prestataires de services doivent s'assurer que les client∙e∙s disposent des outils nécessaires pour prendre des décisions en toute connaissance de cause, qu'il∙elle∙s ont accès à leurs droits fondamentaux et qu'il∙elle∙s peuvent profiter des opportunités et des ressources nécessaires pour participer pleinement à la vie sociale et économique de leur communauté d'accueil, avec un niveau de vie adéquat.
Les travailleuses et travailleurs sociaux doivent orienter les client∙e∙s sur la voie de leur indépendance et les encourager à faire des choix pour eux∙elles-mêmes, à cultiver la stabilité émotionnelle et à surmonter les obstacles à l'inclusion, tout en renforçant la sécurité, en évitant la nouvelle victimisation et en atténuant les risques de stigmatisation sociale.
La présente recherche a mis en évidence dix domaines dans lesquels les client∙e∙s paraissent avoir besoin d'un soutien plus marqué, avec les ensembles de compétences correspondants :
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Domain |
Besoins en compétence |
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Dans la phase de transition vers une vie autonome, les client∙e∙s doivent s'appuyer sur les compétences qu'il∙elle∙s ont acquises dans les établissements de soins pour créer les fondements d'une nouvelle vie :
L'assistance à long terme est un élément clé pour accroître la sécurité et la stabilité qui permettent un rétablissement complet et durable, un droit fondamental pour chaque victime de la traite des êtres humains.
www.libes.org
libes@payoke.be
Le rapport "Un monde auquel je peux faire confiance" a été publié dans le cadre du projet financé par l'UE "Life Beyond the Shelter ". Le projet a été conçu pour assurer une intégration positive à long terme des ressortissant∙e∙s de pays
tiers victimes de la traite des êtres humains dans la société d'accueil et pour renforcer le soutien pendant la phase de transition des centres d’accueil à la vie autonome.